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Turista : la diarrhée du voyageur

Mauvais quart d’heure, photo par Evil Erin

La diarrhée du voyageur, autrement dit la turista, est souvent accompagnée de nausées, de douleurs abdominales et parfois de vomissement. Généralement bénigne, elle peut cependant être dangereuse pour certains individus fragiles. Entre un quart et la moitié des voyageurs des pays tempérés seront affectés lorsqu’ils séjournent en une zone tropicale aux conditions hygiéniques déficientes.

Indigestions, diarrhées, amibes et autres troubles digestifs sont des problèmes fréquemment rencontrés en voyage. La diarrhée du voyageur a été surnommée turista, probablement par les mexicains constatant la tendance des touristes à se retrouver malades en vacances ! On l’appelle aussi parfois Bali belly, complainte de l’été, course du voyageur, danse aztèque, Poonah pooh, revanche de Montezuma….

Les symptômes de la turista sont la plupart du temps causés par une prolifération bactérienne, parfois par des virus et plus rarement par des amibes ou d’autres parasites dans l’intestin.

Prévention

On peut espérer prévenir la turista en faisant attention à l’alimentation et aux breuvages. Évitez les glaçons, buvez de l’eau bouillie, filtrée ou embouteillée, des boissons encapsulées… mais n’oubliez pas votre impact écologique ! Mangez des aliments cuits à plus de 65 degrés Celsius, pelez les fruits et les légumes, faites attention aux salades lavées avec une eau impropre, etc. Malgré tout, cette approche est limitée car la moindre incartade la fera échouer.

Pour les séjours plus longs, il est aussi possible de s’exposer progressivement aux bactéries locales afin de s’y habituer. Par exemple, après quelques jours, on peut commencer par se brosser les dents à l’eau locale sans avaler l’eau, puis manger certains fruits sans les peler.

Des propriétés médicinales pour chaque aspects du syndrome

Plusieurs remèdes de fortune sont souvent proposés aux malades : bananes vertes, yogourt nature, probiotiques. Nous essaierons de comprendre ici quelles sont les différentes catégories de remèdes et leurs actions respectives, afin de savoir quand les appliquer de manière judicieuse et de personnaliser le traitement.

photo par sskies

Tout d’abord, il y a les substances antibiotiques, qui s’attaquent aux bactéries et aux amibes qui occupent le terrain affaiblit du système digestif. Ensuite, il y a les astringents qui resserrent et protègent les muqueuses et diminuent le flot des diarrhées. Enfin, il y a les substances prébiotiques et les suppléments probiotiques, qui encouragent certaines souches bactériennes pour tenter de rétablir l’équilibre de la flore intestinale.

Ces trois approches sont détaillées ci-dessous, mais elles sont parfois insuffisantes pour soigner les individus souffrants de problèmes digestifs coriaces. Il est important d’inclure également une approche holistique, c’est-à-dire d’ajuster la diète et le mode de vie pour contribuer à la récupération du corps. Si toutefois les symptômes se prolongent, consultez rapidement un professionnel de la santé.

Antibiotiques

L’effet antibiotique est celui davantage recherché par la médecine conventionnelle, généralement sous forme de quinolones. Les traitements aux antibiotiques devraient être réservés aux situations sévères, soit plus de 3 selles liquides par jour avec douleur abdominale ou fièvre, afin d’éviter d’affaiblir la flore intestinale et le développement de résistance aux antibiotiques chez les bactéries.

Il existe également de nombreuses substances naturelles procurant des effets antibactériens et antiamibiens très significatifs. En voici quelques-uns :

Extrait de pépins de pamplemousse (GSE) : C’est l’antibactérien et antifongique naturel au plus large spectre qui soit. Mélangé à l’eau, on peut l’utiliser pour nettoyer les fruits et légumes en pays tropical. Il est très efficace sans pourtant démontrer de toxicité significative, même à de fortes doses.

Curcuma : Antibactérien et anti-inflammatoire, le curcuma élimine une partie de la flore intestinale, dont les populations excédentaires de bactéries. C’est également un antiparasitaire qui efficace contre les amibes. Pour nettoyer le tube digestif d’agents pathogènes, prenez de 1 c. à thé à 1 c. à soupe de curcuma mélangé à un peu d’eau, 2 à 3 fois par jour. Ne poursuivez pas ce traitement plus de 2 à 4 jour d’affilés car cela affaiblirait éventuellement votre flore intestinale. De toute manière, si le curcuma fonctionne les résultats ne se feront pas attendre.

Picrorhiza kurroa : Le kutki, Picrorhiza kurroa en latin, est une plante ayurvédique très efficace en cas de dysenterie amibienne ou de diarrhée chronique. Cette plante est généralement employée comme immuno-modulatrice et pour protéger le foie. Le produit Amoebica, disponible en Inde et fabriqué par la cie Baidyanath, la combine à la poudre ayurvédique Vatskadi Quath.

Ail frais : L’allicine contenue dans l’ail frais et les capsules d’ail est un antibactérien et un antiparasitaire puissant qui peut accompagner les repas pour prévenir la diarrhée du voyageur. Cependant, une fois l’infection installée, il se peut que l’ail soit insuffisant pour constituer un traitement en lui-même.

S’il est vrai que cette approche est efficace, il ne faut pas négliger l’importance du « terrain », soit l’équilibre biologique dans l’organisme qui permet ou non aux agents pathogènes, tels les bactéries et les amibes, de proliférer.

Astringents

Les substances astringentes contiennent des tannins qui assèchent, tonifient, resserrent et recouvrent d’une mince couche protectrice les muqueuses qui tapissent le système digestif. En aidant ainsi les muqueuses à se ressaisir, l’astringence diminue ou arrête la diarrhée. On identifie les aliments astringents à la sensation de sécheresse et de resserrement qu’ils provoquent, comme le fait le vin rouge par exemple, que l’on qualifie d’ailleurs parfois de « tannique ».

En médecine conventionnelle, la réduction de la motilité et des sécrétions intestinales est obtenue avec des dérivés opiacés. Ces derniers sont cependant contre-indiqués en cas d’infection intestinale car ils empêchent d’éliminer naturellement l’agent pathogène. L’action des astringents n’a pas ce désavantage car elle est généralement beaucoup plus modérée (moins efficace également).

Plusieurs aliments et herbes médicinales sont astringents à divers degrés : banane peu mûre, citron, concombre, feuilles d’alchémille, de bleuet, de framboisier, de mûrier, de plantain ou de thé, miel, myrrhe, pétales d’hibiscus ou de rose, petit-lait, pomme-grenade, psyllium, raisin rouge, riz… ce dernier est un choix judicieux car il est à la fois nourrissant, facile à digérer et astringent. Mangez-en une bouillie bien cuite ou buvez simplement son eau de cuisson.

Le truc de la pomme-grenade : mangez la délicieuse chair du fruit et réservez l’écorce, y compris la chair blanche. Faites bouillir l’écorce dans environ 3 tasses d’eau (750 mL) pendant 30 à 60 minutes. Filtrez puis buvez une tasse (250 mL) de cette décoction très astringente 2 ou 3 fois par jour. Les résultats devraient se faire sentir la première ou la seconde journée. Si la diarrhée reste très liquide et fréquente, consultez un médecin ou changez de tactique.

Probiotiques et prébiotiques

En prévention, une flore intestinale bien fournie en bactéries permet de bien occuper l’espace intestinal et ainsi de mieux compétionner les bactéries pathogènes qui voudraient éventuellement s’y loger.

Les probiotiques constituent un apport exogène (extérieur) de bactéries qui contribue à maintenir l’équilibre de la flore microbienne. On en retrouve sous forme de yogourts actifs ou de capsules.

Il est important pour les produits probiotiques que leurs bactéries puissent franchir l’acide chlorhydrique de l’estomac sans être détruites. Lorsque faire se peut, il est préférable d’utiliser des souches vivantes plutôt que lyophilisées, mais ces dernières demeurent une option pratique et efficace.

Les probiotiques ne diminuent pas de beaucoup l’incidence de la turista mais ils peuvent aussi aider à reconstituer la flore intestinale, notamment après les diarrhées ou la prise d’antibiotiques.

Pour leur part, les prébiotiques nourrissent la flore intestinale, favorisent sa multiplication et optimisent l’activité des bactéries lactiques, tout en nuisant à la multiplication des bactéries plus néfastes. Ils contiennent souvent un fructo-oligo-saccharides (un sucre) appelé inuline. Nous devrions en consommer un peu tous les jours.

Aliments prébiotiques : artichaut, asperge, banane, chicorée, céréales complètes, curd, kéfir et autres yogourts non-pasteurisés, kombucha, légumes lacto-fermentés, miso, oignon, pain bio au levain, petit-lait, vinaigre de cidre.

De cette liste, le petit-lait est possiblement le plus intéressant car il est beaucoup plus digeste que le yogourt et en plus il est un peu astringent. On obtient le petit-lait en barattant ou en malaxant un yogourt non-pasteurisé puis en retirant les corps gras qui s’accumulent à la surface. Une fois écrémé, le petit lait constitue une source de protéines intéressante, digeste et utile pour perdre les gras superflu tout en augmentant la masse musculaire squelettique. Il régularise également le système immunitaire et possède des vertus anti-inflammatoires et anti-hypertensives. En Inde, le petit-lait est appelé chhach et l’on considère qu’il pacifie les trois doshas.

Réhydratation et réhabilitation

La réhydratation constitue l’aspect le plus important pour éviter les complications liées à la déshydratation. Il s’agit de fournir à l’organisme suffisamment d’électrolytes (minéraux) nécessaires pour retenir l’eau.

En plus de boire beaucoup d’eau, on doit consommer des sels de réhydratation orale, des jus de fruit, notamment de citron, du bouillon, de l’eau minérale, bref tout ce qui contient du glucose, du potassium, du sel et des minéraux.

D’autre part, il est essentiel de réintroduire graduellement la nourriture sous des formes simples et digestes, comme une bouillie de céréales, préférablement du riz, par exemple. Ingérez d’abord les aliments individuellement, avant de manger des repas trop complexes.

Évitez les aliments épicés ou gras, trop de sucre raffiné et toute autre nourriture difficile à digérer.

Diète pour pacifier vata et/ou pitta

Selon l’approche ayurvédique, la diarrhée du voyageur est le plus souvent caractérisée par un déséquilibre de vata (un excès de mouvement et un dérèglement du rythme péristaltique) ainsi qu’un déséquilibre de pitta (signalé par l’infection et l’irritation).

Ainsi, il est possible d’aligner avec simplicité l’alimentation, les détails du mode de vie ainsi que de l’attitude mentale, de façon à pacifier les doshas vata et pitta, diminuant d’autant les symptômes qui leurs sont associés. Les thérapies pour pacifier les différents doshas sont brièvement décrites dans les articles correspondants sous la rubrique « Ayurvéda ».

Pour en savoir plus sur les soins naturels des problématiques, visitez Ayurvéda Révolution. Pour consulter l’auteur de cet article : Espace Ayurvéda