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Molène, panacée des poumons

Feuilles de molène
Feuilles de molène, photo par _lio

La spécialité de la molène réside en sa capacité de régénérer les alvéoles des poumons. Les feuilles de molène sont incontournables pour traiter en profondeur le système respiratoire sur lequel elle a un effet tonique, adoucissant et calmant, parfait pour prémunir contre bronchites, rhumes, asthme, toux et congestions respiratoires. Aussi appelée bouillon-blanc, la molène a une saveur rafraîchissante, sucrée, astringente et légèrement amère, alors que ses fleurs jaunes ont une odeur douce, rappelant le miel.

Autres noms : Verbascum thapsus, Herba luminaria (latin), bouillon-blanc, queue de loup (français), mullein, candelwick (anglais), gordolobo (espagnol)

Description : Son nom est apparu dès le XIIIe siècle sous le terme « moleine », un dérivé de l’adjectif mou, évoquant la consistance de ses feuilles. La molène est une bisannuelle dicotylédone de la famille des scrophulariacées. La première année, la molène forme une rosette duveteuse au ras du sol. La 2e année, elle érige une hampe bien droite qui se dresse jusqu’à 2m au-dessus du sol, habillée de feuilles alternes et l’été de fleurs jaunes groupées au sommet, lesquelles ont cinq pétales et des anthères oranges. Après avoir complété son cycle de vie, elle repousse rarement au même endroit, préférant réapparaître à proximité par la suite.

Distribution : Originaire de l’Éthiopie et du pourtour de la méditerrannée, notamment de l’île de Thapsos, elle s’est répandue à toute l’Europe et s’est naturalisée en Amérique, principalement dans l’est des États-Unis. La molène apprécie les terrains secs et dégagés. Elle fleurie généralement de juin à septembre. Elle est très commune à l’état sauvage dans les endroits incultes, les ruines et au bord des routes, où elle perdure tout l’été et l’automne.

Parties utilisées : Principalement les feuilles, souvent aussi les fleurs et parfois les racines ; les graines sont toxiques. Sauf indications contraires, cette monographie traite de l’usage des feuilles.

Propriétés médicinales

Trophorestaurateur pulmonaire

Contribue à régénérer les muqueuses des poumons et les alvéoles, lorsqu’elles sont endommagées ou obstruées. Convient particulièrement aux toux sèches et creuses, ou lorsqu’une personne se remet d’une bronchite éprouvante. On met cette propriété à profit en consommant de la molène pendant quelques semaines afin de tonifier les poumons et ainsi prévenir les problèmes pulmonaires chroniques.

Bronchodilatateur et expectorante

La molène renferme un composé qui agit sur le système nerveux central pour stimuler l’expectoration du mucus (Balch, Phyllis. Prescription for Herbal Healing, p. 100). De plus, elle dilate sensiblement les bronches et élimine le mucus excédentaire, ce qui permet de respirer plus librement.

Tonique des muqueuses, astringente et émolliente

Soigne, tonifie et régularise l’état des muqueuses de tout le système. Astringente, la molène peut autant assécher le mucus excédentaire qu’humidifier les muqueuses trop sèches par son émollience, tout en apaisant inflammations et irritations. La combinaison de ces deux propriétés fait de la molène un remède efficace pour soigner les muqueuses des poumons, de l’estomac, des intestins et du système urinaire.

Décongestionnante lymphatique

Rend la lymphe plus liquide, plus fluide, particulièrement autour des voies respiratoires. On peut se servir des feuilles fraîches pour soigner les ganglions enflés, l’œdème ou les mastites. Tremper une minute des feuilles de molène fraîches dans une décoction de molène concentrée et encore chaude, puis les appliquer tel un emplâtre. Laisser agir sur l’enflure pendant quelques minutes à la fois et répéter fréquemment. Traditionnellement, on applique de l’huile de fleurs de molène autour des oreilles en cas d’otite afin de décongestionner les conduits auditifs, d’apaiser l’inflammation et de diminuer la douleur.

Fleur de molène
Fleur de molène, photo par Katzenfinch

Anti-névralgique

Les fleurs sont employées en application externe pour apaiser les nerfs et soulager les maux d’oreille (voir ci-haut), généralement sous forme d’huile infusée. L’application d’huile de fleurs de molène diminue la douleur engendrée lorsque les nerfs sont irrités ou surexcités, tout en procurant un effet anti-inflammatoire. Pour cette raison l’application de cette huile est recommandée en cas de paralysie faciale, de spasmes musculaires ou encore pour soigner le syndrome du tunnel carpien, par exemple.

Tonique du sphincter de la vessie

La racine de molène, prise pendant quelques semaines sous forme de teinture ou en décoction, renforcit le sphincter de la vessie, ce qui augmente la capacité de rétention de l’urine. Selon Thomas Broken Bear Squire, consommer une infusion de la feuille de molène épaissit l’urine, ce qui contribue aussi à la retenir plus facilement.

Selon la médecine ayurvédique

La molène est très utile pour les troubles respiratoires de nature kapha ainsi que pour rafraîchir pitta.

Indications

  • bronchites à répétition
  • asthme et allergies respiratoires
  • toux, dyspnée
  • laryngite, pharyngite
  • rhinite et sinusite chronique
  • oreillon, otite, maux d’oreille, cérumen
  • congestion légère
  • gorge sèche et extinction de voix
  • hémorragie pulmonaire
  • insuffisance pulmonaire, emphysème
  • inflammation ganglions lymphatiques
  • œdème, mastite
  • hydrocèle, kyste
  • inflammation du système urinaire
  • calculs ou saignement urinaire
  • incontinence (racine)
  • douleur névralgique, sciatique
  • légère constipation, coliques ou diarrhée
  • inflammation ou saignement au sys. digestif
  • inflammation, hémorroïdes et furoncle (en cataplasme)

Contre-indications

  • Les feuilles mucilagineuses de la molène, préparées en infusion ou en emplâtre, sont apaisantes pour les muqueuses et la peau, alors que fraîches elles sont irritantes. Certains recommandent de filtrer l’infusion de molène avec un coton fromage ou un tissu afin d’en retirer les poils irritants.
  • Ne convient pas à certaines conditions de mucus abondant ou lors de congestion sévère des muqueuses du sys. respiratoire (Brinker, Francis. Herb Contraindications & drug interactions p.151).
  • Éviter avant une opération, une extraction dentaire ou en combinaison avec d’autres fluidifiants sanguins car elle contient un peu de coumarines, qui fluidifient le sang.
  • Les graines de la molène sont considérées toxiques, bien qu’on rapporte leur utilisation pour remédier aux obstructions intestinales (Millspaugh, Charles F. American Medicinal Plants. p.433).
Modes d’utilisation

Infusion

Infuser 1 à 2 c. à table par tasse d’eau pendant 10 minutes et boire 2 à 3 tasses par jour. Si les poils microscopiques de la molène s’avèrent irritants, on peut filtrer l’infusion à l’aide d’un filtre à café ou de coton-fromage. Pour les fleurs sèches de molène, la proportion est d’une petite poignée pour une tasse d’eau bouillante.

Compresse et cataplasmes

Pour bénéficier des effets décongestionnant et anti-inflammatoire de la molène, on prépare une décoction de ses feuilles que l’on applique en externe avec un linge propre. Pour ce faire, il suffit de faire bouillir les feuilles de la molène dans les mêmes proportions que l’infusion, jusqu’à réduction du volume d’eau au deux tiers. Alternativement, on peut bouillir les feuilles 2 minutes et les appliquer directement sur la peau en cataplasme. Environ 2 à 4 applications par jour de 20 minutes chacune seront nécessaires.

Huile infusée

L’huile de fleurs de molène est obtenue en laissant macérer des fleurs fraîches dans l’huile pendant quelques semaines. Cette huile est appliquée en externe pour soigner les névralgies, les inflammations, l’œdème et pour décongestionner le système lymphatique.

Teinture d’alcool, glycéré ou vinaigre

La molène est aussi disponible sous forme de concentrés liquides fabriqués à partir de divers solvants. Le dosage recommandé est de 15 à 30 gouttes dans un peu d’eau, 1 à 3 fois par jour, pour une teinture concentrée à 1:2.

Mélange à fumer

La feuille séchée de la molène est l’ingrédient de base de la plupart des mélanges à fumer, notamment dans les recettes amérindiennes. En petites quantités, fumer la molène est bénéfique pour assècher le mucus excédentaire du système respiratoire et dilater les bronches.

Usages traditionnels ou ésotériques

L’épi de la molène serait un excellent indicateur du niveau de contamination du sol : les tiges bien droites indiquent un terreau sain alors que celles qui poussent croches nous révèlent la présence de contaminants.

On rapporte aussi que les graines et feuilles, bouillies dans le vin & appliquées sur la peau, retirent efficacement épines et échardes de la peau (Gerard, John. The Herball or Generall Historie of Plantes). La fleur du bouillon blanc entre dans la composition avec le coquelicot, la mauve, la guimauve, le tussilage, la violette, le pied-de-chat, de la tisane pectorale dite improprement « des quatre fleurs ».

Quelques molènes dans le champ
Molènes dans le champ, photo par lostinfog

La molène est une plante de protection qu’on porte sur soi pour éloigner les animaux sauvages, se donner courage et chasser les cauchemars. En Inde, on l’utilise pour se protéger de la magie, des esprits négatifs et malins, suspendues au-dessus des portes et fenêtres ou portée sur soi dans un sachet. On dit qu’Ulysse a emporté la molène avec lui pour se protéger des enchantements du sorcier Circé.

Les européens de l’époque médiévale trempaient sa tige dans de la graisse de bœuf pour en faire des torches lors des processions religieuses et la queue de ses feuilles sert de mèche pour les bougies.

Les indiens d’Amérique ont adopté cette plante venue d’Europe dans leurs cérémonies, notamment dans les mélanges à fumer ainsi que comme plante médicinale. Matthew Wood atteste qu’il a entendu la molène être recommandée « par les Grands-Pères », ce qui en fait une plante complètement adoptée dans la médecine amérindienne (Wood, Matthew. The Book of Herbal Wisdom, p. 491).

Dans les monts Ozarks, dans le sud-ouest américain, les hommes pratiquaient une technique divinatoire simple : pour savoir si une femme les aime, ils plient l’épi de la molène en direction de la maison de leur favorite. Si la molène se repousse droite à nouveau leur amour est réciproque alors que si la molène meurt la femme aime un autre homme (Cunningham, Scott. Encyclopedia of Magical Herbs. p. 158).

Principaux constituants connus

    Feuilles :

  • mucilages
  • tannins
  • principes amers
  • résines
  • cires
    Fleurs :

  • sucres
  • mucilages
  • saponine
  • phytostérol
  • trace d’huile essentielle

Pour en savoir plus sur les plantes médicinales, visitez Ayurvéda Révolution