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Made in India…

photo par Jonathan Léger Raymond

Well, mes aventures indiennes sont décidément spectaculaires, dans un sens. Moi qui pensais qu’après la diarrhée + indigestion + hémorroïdes + orteil mystérieusement douloureux, ça y est, le compte y serait… eh ben, non, il fallait encore que je me brûle, et pas à peu près ! Brûlures aux 1er et 2e degrés sur le dessus de la main droite et le poignet. Avec belles bulles de peau ratatinée pis toutte le kit. Reculons le temps au jeudi soir du 5 août. Je m’enquiers auprès de Mira si mon
« traitement de feuilles », pour mon pied, est prêt. Ce traitement m’a été « prescrit » par Ashoka, qui croit que je suis « hurt in the bone », et qui connait ce remède de plantes. C’est mon herboriste d’amoureux qui est content, il apprend plein de nouvelles zaffaires.

Le traitement est prêt, encore bouillant car je dois me saucer le pied dans le liquide encore très chaud, presque brûlant. Comme ils n’ont pas de mitaines et que le chaudron est brûlant, je me sert d’une grande serviette un peu humide pour transférer le chaudron dans une bassine de plastique. Il est vraiment rempli et je sais que je dois faire gaffe en le versant pour éviter que tout s’écoule à côté. J’essaie de bien soulever le chaudron et de verser rapidement, mais soudainement il glisse et m’échappe des mains, m’aspergeant en bonne partie, mais heureusement personne d’autre au passage.

Premiers soins 101

Branle-bas de combat de la maisonnée qui s’anime (quelle chance quand même d’avoir été si bien entourée !). Vite, sous l’eau froide : à défaut d’un bain de pied chaud, c’est ma main droite et mon autre pied qui se font expédier un traitement glacé ! Puis les renforts arrivent : Joe l‘herbo à la rescousse a encore une fois plus d’un tour dans son sac. La leçon du jour : un cataplasme d’ortie, appliqué rapidement sur une brûlure, aide la cicatrisation et prévient la formation de bubulles. Chouette ! Par chance, il en pousse plein, de l’ortie, par ici !

Puis, Francesca, femme-feu bien savante elle aussi, arrive avec son Rescue RemedyTM et ses sourires réconfortants. Merci ! Commence ensuite la longue nuit, et le jeu de cache-cache avec la douleur. Je demeure longtemps dans l’eau glacé en fait, au moins 2h. L’état de choc initial passé, je me trouve plutôt calme vu les circonstances. J’avoue quand même à Joe, dans un moment de découragement et d’une voix affaiblie, que « je trouve ça difficile de demeurer centrée et de garder la foi que tout est parfait ». Ce à quoi mon Joe répond sagement que peut-être ce n’est pas le moment d’y croire. Peut-être… oui, mais je n’arrive pas à paniquer non plus. Oulalah ! Tout de même, c’est intense, comme maintenir la main dans un feu !

photo par Jonathan Léger Raymond

J’arrive à me souvenir que la sensation finira par partir et je pratique farouchement l’équanimité : observer, simplement observer la sensation. C’est étrangement réconfortant. Je prends quelques respirations plus profondes. Avec tous mes déboires des dernières semaines, je commence à comprendre (y’était temps, oui!) : détente, détente, quoiqu’il arrive.

Plus tard, on me fait un baume avec du gel d’aloès, du curcuma et 2 gouttes d’huile de lavande, pour l’effet « antiseptique ». Je ne ressens malheureusement aucun effet rafraîchissant, l’aloès me semblant même brûlant. Jonathan regrette ne pas connaître l’hypnose alors que moi, je donnerais mon royaume pour un Tylénol (que bien sûr, en vrais granols, on n’a pas).

Expériences avec la douleur

Je m’allonge sur le lit. J’éclate de rire, devant le ridicule de la situation. Quelle histoire! C’est clair que ça n’arrive pas pour rien, que je suis en train de vivre une grande purification, que c’est exactement ce que je dois vivre présentement. Que je le veuille ou non ne change rien à la situation. Alors je me répète doucement « calme-toi, calme-toi… », comme un mantra. Puis « Om durgayei namaha », genre de version hindoue de « maman ! Aides-moi ! ».

Joe l’herbo me regarde avec impuissance. « Je fumerais bien un joint, là » que je lui dis. Je fume rarement, mais là, ça me semble approprié ! Me répond que c’est une pas mal bonne idée, ça. « Oui, sauf qu’on n’en a pas ! ». Ne nous reste plus qu’à réveiller Ashoka…

Quelques minutes plus tard, il remonte, avec du hash de qualité et une bouteille. On va fumer à la bouteille ! Ah ben, comme dans le temps des partys avec la gang de raveux ! Je commence à sérieusement m’amuser. N’ayant pas l’habitude, on tâtonne puis on réussi à se faire quelques plombs avec l’unique cigarette qu’il restait à Ashoka. Moi qui ne fume jamais, ça rentre au poste comme on dit. Je me couche, maintenant sincèrement hilare.

Wow ! Ce truc m’éclate et m’inspire ! Je devrais fumer plus souvent. Le reste relève de l’expérience mystique, au-delà de l’intellect, mais je vais essayer de décrire un peu. Mon corps se dissout, je deviens l’univers. La douleur existe, dans un certain lieu, une certaine dimension, un certain temps, dans des entrelacements de 45° à l’infini. I get it. For a few seconds I get it, et c’est absolument enivrant. Je suis tellement vaste, tellement plus vaste que ce à quoi je me limite ordinairement ! Un réseau d’énergie infini. La pluie qui tombe m’appartient, est en moi autant que la sensation de brûlure : elle est tout autant moi.

Moi, qui suis-je ? Si je m’identifie à mon corps, j’en sens les limites, je souffre atrocement, je suis attachée, j’ai peur de ce qui va m’arriver. Si je me détache, je deviens tellement plus vaste, je me fous de ce qui arrive à mon corps, je deviens pleinement présente à l’expérience. Perfection du moment. Fallait ben que je souffre autant pour accepter, même quelques secondes, de me détacher de mon petit moi. Bon, pas totalement, j’ai quand même encore un corps, et je perçois cette pulsion d’inquiétude qui nous garde dans la matière. Mais oh, nous sommes tellement plus que cela ! C’est tellement intense ! Om…

C’est ainsi que, malgré la sensation d’avoir la main dans le feu, j’ai pu m’endormir quand même, détendue. Eh ben !

Heille, c’est vraiment kamikaze, le travaille sur Soi. Vaut mieux être prévenu : on ne sait jamais ce qu’on remet en circulation et ce qu’on a à brûler (!) comme karma. La spiritualité, c’est pas pour les moumounes. Faut être capable d’en prendre, sinon vaut mieux rester chez les anges-gardiens avec matante. D’où la nécessité de bien comprendre le but ultime, les règles du jeu et d’y jouer en toute connaissance de cause. Quand on pense purification, on s’imagine un nettoyage « feel good », qui fait du bien et donne de l’énergie, mais avant d’arriver à l’effet escompté il faut être préparé à affronter quelques peurs, obstacles et défis. À chacun son parcours unique.

Sinon… mon pied… sapristi…

L’autre chapitre improbable ! Un acupuncteur d’expérience est passé me voir. Il croit que c’est la goutte. La goutte ?! C’est quand même une forme d’arthrite, on ne déconne pas ! Je me demande comment je fais pour m’accumuler cet acide urique dans le gros orteil ??? Normalement, c’est le lot de ceux qui mangent trop de viande et se rincent avec de l’alcool en excès. Tout à fait mon profil… Non, mais sérieux ???
Bizarre…

Nouvelles fraîches, chaire fraîche !

Enfin, maintenant, une semaine post-brûlure, ça guérit vite et bien ! La peau brûlée ratatine et sèche ; dessous il y a une peau neuve, douce comme celle d’un bébé et rose comme un petit cochon de lait !

Sinon, le pied… j’ai vu une médecin ayurvédique, elle m’a confirmé pour la crise de goutte, je dois faire gaffe à ne pas prendre trop de protéines, et puis elle m’a donné des pilules pour 5 jours. Terminées il y a 3-4 jours… j’ai hâte de voir ce que ça va donner… je ne suis pas tout à fait rassurée. C’est encore un peu raide, même si j’arrive, lentement, à faire une salutation au soleil. Je peux, au moins, me promener comme je veux, sans les béquilles ! Je savoure ! Joe m’a recommandé l’ortie : ben oui, encore elle ! Quelle plante incroyable! Elle est reine contre la goutte il parait !

photo par Jonathan Léger Raymond

J’espère quand même que ça ne sera pas un truc récurrent. Enfin, je continue de faire mon ménage intérieur. Plus de détente, plus d’espace, plus de liberté. Eh oui, je me découvre de la crasse accumulée! Il y en a toujours, d’ailleurs, on peut toujours se purifier, se récurer, de plus en plus profondément et subtilement, en étant honnête avec soi-même. Qu’est-ce qu’on peut faire de mieux ? Se détendre et lâcher-prise… Une leçon qu’on n’a jamais fini de réapprendre, puisque quand on pense l’avoir comprise, la vie se charge de nous envoyer quelques situations délicates pour nous mettre au défi. Comme au Nintendo, plus on gagne de l’expérience, plus les tableaux sont « tuffs » !

Pour le reste, je compte sur le panchakarma pour achever de me nettoyer le système, de me rééquilibrer les doshas, de m’enligner l’Himalaya ! Hé hé ! On a d’ailleurs trouvé une super plug, au Kerala, pour ça ! Nous y serons dès la mi-octobre et ça promet !

Entre temps, on ne sait pas encore si on ira au Ladakh, les routes étant fermées, pour cause de « cloud burst ». Sachez qu’un « cloud burst », ce n’est pas juste une grosse pluie, c’est carrément un nuage qui se rompt et toute l’eau se déverse d’un coup !!! C’est ce qui est arrivé là-bas, avec les dommages qu’on peut imaginer ! Entre autres : routes fermées, ponts écroulés, eau potable kaput… C’est pas l’apocalypse, mais c’est pas non plus la joie à ce qu’il parait. Quand même, un autre message clair de Mère Terre… faudrait peut-être commencer à changer un chouïa nos manières de vivre, parce que sinon ça va pas rigoler tantôt, heee…

En attendant, on a de quoi s’occuper : j’ai une nouvelle prof de chant, on est en selle côté musique, on pratique plusieurs heures par jour, parfois ensembles, parfois séparément. On a la chance de pouvoir faire une pratique de yoga dans le magnifique hall chaque matin, ce qui kick-start notre journée ! On prend bien soin de se rappeler souvent à quel point on est chanceux d’être ici et de s’offrir ce temps de vie. Comme Joe le disait ce matin, « chaque moment peut être une prière », et on tente de garder notre conscience toujours bien près de cette vérité.

Sur ce, on vous souhaite un mois d’août tout doux,
Hari om!

11 comments to Made in India…

  • Et bien Caro, tu te paies une traite royale!! Il faut “bender” mieux que ça!!! ;-) Heureux toutefois de savoir que le tout semble se calmer et que tu auras de meilleurs jours devant toi. Comme vous veniez de poster vos réflections sur la souffrance, voilà que la vie en remet histoire de bien assimiler la connaissance par l’expérience peut-être??… Certes, dans le corps les souffrances physiques peuvent être intenses et très éprouvantes et surtout les brûlures qui sont ardentes sur une longue période. Nous savons tous que la souffrance physique comme émotive, prise dans un certain angle de vue, est un grand professeur du monde physique. Elle est selon moi le prof ultime ici bas et réellement porteuse d’enseignements lorsque l’on est à l’écoute et capable de “lâcher-prise” se positionnant en parallele avec notre souffrance comme tu en témoignes l’avoir vécu dans ce blog. Ce maître implacapble appelle ainsi souvent à la réflection sur notre précarité et la dissolution de l’égo. Comme tu dis “notre petit moi” devient tout petit dans un et un dans tout petit! On entre-ouvre alors la seconde et ressentons l’opportunité de ce voir autre que dans la chaire part de l’univers…

    Je te souhaite que toutes ces épreuves te soient salutaires et que plane sur toi une lumière réconfortante comme un nouveau soleil… Je l’invoque donc pour toi en mon coeur.

    Namasté Caro

    Je t’embrasse

    Stephane

  • He merci pour toutes ces expériences… étrange effet d’énergie qui m’emplit : je crois que le kung fu sera intense ce midi, parce que là, j’ai envie de sentir la circulation et le mouvement. Tout compte fait, je suis pas le seul à sentir que les épreuves sont les échelons de l’échelle… Et pour la peau qui n’est que l’enveloppe illusoire de notre personne, il y aussi chez les neurologues certaines informations tripatives. Passe voir ça si tu peux : http://www.ted.com/talks/lang/eng/vs_ramachandran_the_neurons_that_shaped_civilization.html et autres discours sur le cerveau du professeur ramachandran ici : http://www.ted.com/speakers/vilayanur_ramachandran.html

    bonne chance
    .f

  • Guylaine

    Satané douleur…Elle ponctue le rythme de nos vies. Elle nous accompagne depuis nos premiers instants de vie terrestre. Tantôt douce, tantôt intense…tantôt annoncée, tantôt surprenante. Elle atteint notre corps, notre coeur, notre âme. Elle est toujours porteuse d’un changement, parfois grand, parfois subtile. Elle s’accrochera si vous la nourrissez de vos actes, de vos pensées. Mais elle passera sont chemin si vous l’acceptez, si vous vous y attardez pour connaître son message, si vous vous en servez pour vous révélez. Elle n’appartient qu’à vous et l’autre ne peut être que le témoin de votre souffrance, quoique partagée elle s’atténue. Elle aura l’emprise que vous lui laisserez et comme toute chose de cette vie, le temps la diluera et en adoucira les contours. Mais ne soyons pas aveugle, il y aura toujours des douleurs qui nous accompagnerons dans cette vie, nous apprenons à vivre avec elles sans vivre d’elles. Fort heureusement, entre nos périodes de douleurs nous avons de belles et longues périodes d’accalmie, de joie, de tendresse, de bonheur qui nous permettent de recharger nos batteries pour être à nouveau capable de plier sous la tempête sans se casser. Étrangement, avez vous remarqué que la vie nous envoie le plus souvent des douleurs que nous sommes en mesure d’affronter. Alors confiance et patience, le mieux être est une quête et non un cadeau gratuit. Ceux qui l’expérimentent la majorité des secondes de leur vie l’on “chèrement” acquis!

  • Jonathan Léger Raymond

    Aum ! Amen ! Qu’ajouter de plus ?

  • Caroline Théberge

    Hari om!
    Merci de vos commentaires inspirants et inspirés!!!

  • Jolène

    Madame Nature,
    veuillez faire plus attention à ma Caroline chérie. Je tolère mal que vous la maltraitiez ainsi. Je vous demanderais de rétablir son harmonie vitale, maintenant.
    Merci,
    votre sincère dévouée.

  • Mélanie

    Bien le Bonjour!
    C’est le fun de vous lire, malgré les aventures pas toujours joyeuses. J’écrivais dernièrement que : «si la voie que tu choisis est pavée d’or, ce n’est pas la tienne…» Je crois donc que vous êtes sur la bonne route ;) La route de soi!
    Le zen de Caroline m’inspire pour les obstacles que nous devons tous affronter à certains moments. Merci de partager, et sans négativité… Ça m’aide à mettre de la lumière dans ce que je vis, et en vous en envoyer une bonne dose. Je vous embrasse et vous souhaite pur bonheur! xx

  • Caroline Théberge

    Merci Sincère Dévouée!
    Requête accordée par Madame Nature, avec soleil en prime. La mousson commence à se retirer, haaaa… :)

  • Magui

    Quelles belles leçons, quelle belle lecture…Au delà de mon petit quotidien et de mes petits soucis, quelle fenêtre!
    Merci et bonne continuation à vous…

  • Cécile

    Salut Caroline et Jonathan!
    Je comprends bien mieux le terme “mésaventures” maintenant…je viens de lire vos 2 derniers articles.
    Merci sincèrement de partager votre projet en vie sur ce blog.
    Je vous envoie plein d’affection en attendant de lire vos prochaines expériences.
    Cécile

  • genevievemeera

    Coucou la belle,
    Je viens tout juste de te lire…ca me rappelle un brulement de pied Karmique que j’ai expérimenté. Merci pour cette transparence…ca fait du bien à lire.
    Vous êtes très inspirant!
    bise,
    geneviève-meera

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