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Escapade à Amritsar

photo par Caroline Théberge

Notre dernier mois passé à Trimurti Guest House a surtout été rythmé par la musique, ponctuée de quelques balades en montagne entre deux pluies, dont une randonnée et une baignade dans une chute splendide cachée dans les replis de la montagne. Notamment, j’ai eu la chance de participer à un petit concert dans le hall devant notre guest house en compagnie d’autres tablaistes, dont Ashoka, ainsi qu’un joueur de santoor et un guitariste flamenco émérite. Nous avons tout de même eu quelques occasions de sortir de notre cocon, ce qui me permet ici de satisfaire ceux et celles qui attendent un peu d’action de notre part.

photo par Caroline Théberge

Visite au village

À la double occasion d’une fête indienne, Raki, et du 80e anniversaire du père d’Ashoka, notre hôte, nous avons visité Ghar, un village situé quelques kilomètres plus bas où habitent les parents d’Ashoka. En seulement une heure de voiture la végétation et le climat s’en trouvent déjà transformés par la différence d’altitude.

Raki, ou Raksha Bandana, est une célébration où les sœurs attachent (bandana) des bracelets à leurs frères en guise de vœux de protection (raksha). En retour, les frères portent à la bouche de leur sœur des sucreries indiennes et leur offre de l‘argent.

photo par Caroline Théberge

Nous avons été reçus à bras ouvert par la mère et le père d’Ashoka, qui nous ont accueillis d’un long câlin bien senti. Nous n’avons pas su leurs noms puisque tous s’adressaient à eux par les sobriquets de mata-ji et pita-ji, qui signifient simplement chère mère et cher père.

Pour l’occasion, le vieil homme nous avait cuisiné lui-même un délicieux repas, dont mon plat préféré, des pois chiches mitonnés avec des dattes dans une sauce crémeuse. Mira, la femme d’Ashoka, avait apporté deux fabuleux gâteaux ; il semble que nous mangions davantage de gâteaux à Dharamkot qu’au Québec, alors qu’ils n’ont d’habitude pas de four en Inde.

Nous nous sommes senti privilégiés de partager ce moment avec eux et de tisser des liens avec la famille d’Ashoka.

photo par Jonathan Léger Raymond

Escapade à Amristar

Afin de visiter un des plus célèbres et magnifique temples de l’Inde, le Temple d’Or des Sikhs, nous avons parcouru 7 heures de route dans divers autobus pour atteindre Amritsar, principale ville du Pendjab, située à quelques kilomètres de la frontière pakistanaise.

La ville elle-même n’aurait pas valu le détour, même si les Pendjabi sont des gens plutôt attachants. Les établissements d’Amritsar reflètent les préférences des bons vivants pendjabis : on y retrouve plusieurs magasins d’instruments de musique, des armureries, des points de vente de machinerie lourde ainsi qu’une nourriture bien arrosée d’huile et des « wine shop » dépourvus de vins mais en revanche bien garnis d’alcools forts.

Orgueil de cette ville, le Temple d’Or porte bien son nom, brillant comme un joyau, serti de quelques 100 kg de feuilles d’or. Le plus remarquable, c’est que tout y est offert gratuitement : des milliers de personnes y reçoivent à manger et ce, chaque jour, 24h/24h. On peut aussi y dormir dans les dortoirs et stocker nos bagages sans aucuns frais.

L’intérieur du temple, interdit à la photographie, est somptueusement décoré d’arabesques colorées et d’écritures sacrées en or. Les sikhs, adeptes d’une religion qui se voulait être un pont entre la foi musulmane et hindoue, ont à leur disposition les livres sacrés ou bien peuvent se contenter d’écouter les chants rythmés et les prières qui résonnent en permanence en ces lieux.

photo par Caroline Théberge

Tout crasseux de poussière et de sueur que nous étions après les transports, nous nous sommes baignés dans les eaux ceinturant le Temple d’or pour refléter sa splendeur. Caroline s’est vue entraînée à la suite de German, une pendjabie rencontrée sur la route, dans la section pour femme à l’abri des regards. Elle s’est retrouvée parmi des dizaines de femmes indiennes, dénudées et hilares de partager cette intimité avec une étrangère.

Pour ma part, j’ai dû courageusement me dévêtir en caleçon devant les indiens et me baigner sur la place publique, en quelque sorte rassuré par la présence d’un garde sikh qui, armé de sa lance aussi noble qu’anachronique, était venu me demander de changer mes sous-vêtements un peu en retrait du point d’eau sacré.

Une nuit au Temple d’or

Pour dormir cependant, nous avons été mis à l’épreuve. Il ne restait plus qu’un lit simple dans la section du dortoir réservée aux étrangers, lequel était situé près de la porte d’entrée, à côté d’une grosse machine bruyante servant à filtrer l’eau à notre intention. Si je m’étendais complètement, la porte s’accrochait dans mes pieds en s’ouvrant. La lumière est restée ouverte un bon moment après que nous nous soyons couchés et le manque de place, le va-et-vient, le bruit et la chaleur se concertèrent pour nous rendre la nuit inconfortable.

Un compatriote touriste, nous apercevant ainsi « amanchés », résuma efficacement la situation : « You guys are in trouble… », ce qui me provoqua un franc éclat de rire.

photo par Caroline Théberge

L’avantage, c’est que nous nous sommes levés avant l’aube et nous avons pu voir la transition de la lumière sur le temple et profiter de la tranquillité du petit matin. Enfin, je me suis tout de même impatienté devant les inquisitions périodiques de sikhs curieux et entreprenants qui vinrent s’enquérir de notre provenance ou nous servir quelques diatribes à saveur spirituelle.

Je dois dire à leur décharge que, étant donné leur nombre, les pèlerins pendjabis ont été assez discrets, mais mes deux années accumulées de voyage en Inde ont érodé ma patience à l’égard des « which country ? », « one snap please ? » et des commentaires spirituellement morigénateurs.

Nous sommes donc partis à pied, en quête d’un logement modique dans la ville de poussière et de béton, ignorant les multiples imprécations à grimper derrière les vélos-rickshaws et les rickshaws motorisés faisant office de taxi.

La nuit suivante, ces sont les moustiques qui nous hantèrent et nous privèrent d’un sommeil tant recherché. Aussi, après le bruit, la poussière, le béton, la chaleur et les moustiques, notre retour au bercail dans les montagnes verdoyantes fut d’autant plus salutaire. Il nous a fait chaud au cœur d’être si bien accueillis par la famille et les autres voyageurs auxquels, déjà, nous manquions.

Historique : les drames d’une jeune nation

Massacre à Jallianwalla Bagh

Avant l’indépendance, en 1919, au jardin de Jallianwalla, tout près du temple, des civils pacifiques se sont rassemblés pour protester contre le Rowlatt Act, qui permettait à aux anglais d’emprisonner sans procès n’importe quel indien suspecté de sédition. Depuis la sortie principale, ils furent mitraillés par milliers par les anglais, sans avertissement, pour cause de rassemblement illégal. Des dizaines moururent en se jetant dans un puit pour tenter de fuir l’horreur. Musulmans, hindous, sikhs, femmes et enfants, périrent ensemble cette journée là. Cette atrocité inspira grandement le mouvement de non-coopération pacifique initié par le Mahatma Gandhi.

Le siège du Temple d’or

photo par Jonathan Léger Raymond

En 1984, le Temple d’or, d’ordinaire un havre de paix, est cependant le théâtre d’un des épisodes les plus traumatisants de l’histoire de l’Inde moderne. Il fut occupé par des extrémistes séparatistes sikhs, qui ironiquement avaient été préalablement renforcés par la 1ere ministre de l’Inde, Indira Gandhi (aucune parenté avec le Mahatma Gandhi), pour l’aider à renverser le gouvernement du Pendjab.

Indira Gandhi ordonna à l’armée d’éliminer les séparatistes maintenant hors de contrôle, ce qui fit subir au temple de lourds dommages et causa des milliers de morts, dont des centaines de pèlerins coincés entre l’armée et les séparatistes. C’est pour venger cette offensive qu’Indira Gandhi fut assassinée par son propre garde du corps, un sikh. La mort d’Indira Gandhi provoqua des émeutes terribles dans le nord-ouest de l’Inde et des milliers de sikhs furent massacrés un peu partout.

De retour à Trimurti Guest House, il ne nous reste plus qu’une semaine en ces lieux que nous appelons maintenant maison, le temps de passer mon anniversaire le 7 septembre et peut-être aussi celui de notre union, le 11 septembre…

Nos prochaines destinations : la vallée de Kullu, la ville de Manali puis les vallées de Lahaul et de Spiti.

On aime :

  • Les jus de sucre de canne glacé à 5¢ d’Amritsar
  • le magasin où s’habille Passe-Partout, voyez vous-mêmes ci-dessous !
  • la tranquilité des montagnes
  • Les jams dans la salle de musique d’Ashoka
  • le commentaire de Caro à Amritsar : « penses-tu que ça a déjà été un matelas, ça ? »
  • les T-shirt indiqués : « Nobody is perfect. I am Nobody »
photo par Caroline Théberge
photo par Caroline Théberge
photo par Caroline Théberge
photo par Caroline Théberge

4 comments to Escapade à Amritsar

  • Guylaine

    Hé! Aie-je bien lu…”et peut-être aussi celui de notre union, le 11 septembre…” ? Non…mais…faudrait savoir…non ? Enfin… je pense!En plus…tu es entrain de te faire adopter par une famille en Inde! Non mais faux le dire si je peux vendre tout ton “bastringue” au sous-sol. Moi qui voulait terminer la chambre en bas pour votre retour…

    Heureuse de voir que d’autres profitent bien de votre compagnie et vous accueillent aussi chaleureusement. Bravo pour les photos…elles complètent bien vos commentaires.

  • Jonathan Léger Raymond

    Nous sommes certains de célébrer notre union le 11 septembre, ce qui est moins sûr, c’est si on sera encore chez Ashoka !
    Eh puis, avec tout le temps que je passe en Inde, il me faut bien ici un endroit appelé ‘maison’. Je ne renie pas pour autant ma ‘maison’ au Québec, pas la peine de me déshériter chère maman ! Ah… et moi qui répond, je me fais prendre au jeu des provocations !! ( :

  • ouah… “morigénateur”…
    je suis jaloux, là…

  • kathy

    bonjour à vous, et bien je vois que le bonheur est votre compagnon de voyage super,,,,votre lecture est toujours aussi intéressante profitez en bien au ^plaisir de vous relire
    vos photos sont magnifiques kathy

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