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Conclusion du voyage

lotus au Jardin Botanique, par Caroline Théberge

Les dernières semaines de notre voyage se sont déroulées paisiblement à Auroville, au rythme d’un quotidien agréable et rassurant. Le soleil a été fidèle au rendez-vous pendant deux mois sans interruptions, hormis de rarissimes nuages et un négligeable millimètre de pluie. Les températures oscillant entre 25 degrés celsius la nuit et 35 le jour, il n’a pas fait aussi chaud que nous le craignions et nous échappons tout juste à la fournaise de l’été qui s’amorce.

Pour être bien certains de suer comme il faut et pour goûter un échantillon des cours de toutes sortes offerts à Auroville, nous avons suivit des cours de danse Nia, un mélange dynamique de danses diverses intégrant des éléments de yoga, de tai chi et d’arts martiaux. Ça nous a fait du bien de s’activer le bassin et la colonne et de sauter partout aux rythmes des musiques dance, techno, celtique ou de… Céline Dion !

Comme nous l’avons mentionné précédemment, Caroline s’est impliquée dans une école s’occupant d’enfants avec diverses limitations alors que Jonathan a travaillé pour le jardin médicinal du Jardin Botanique. Passons donc de la narration plurielle à singulière pour raconter nos expériences respectives.

Caroline à l’école Deepam

Mon implication avec l’école Deepam a été magique du début à la fin. Le fait que j’aie eu l’opportunité de m’y engager relève en soi d’un tour de passe-passe divin, puisqu’en temps normal Angelika, l’ergothérapeute responsable de la clinique, n’accepte que des bénévoles disponibles pour six mois ou plus.

groupe à Deepam, par Caroline Théberge

Deepam offre aux enfants inaptes à l’école normale, en raisons de limitations physiques et mentales, un service de centre de jour éducatif. J’y ai donc passé tous mes avant-midis de semaine, participant aux activités de jeux en groupe et enseignant quelques bases de mathématiques et d’écriture. De plus, l’école utilisant comme thérapie individuelle la technique de réorganisation neurofonctionelle, appellée méthode Padovan, j’ai pu offrir des sessions aux jeunes enfants, ayant moi-même été formée à cette méthode au Québec.

Mon plus grand bonheur fut sans doute de partager mon amour de la musique avec les enfants : ayant accumulé un certain répertoire de bhajans, des chants dévotionnels indiens simples et faciles à apprendre, j’ai vraiment eu du plaisir à faire chanter cette bande de joyeux drilles ainsi qu’à apprendre leur chants. Les enfants ainsi que les thérapeutes tamils aimaient tant chanter et le faisaient avec enthousiasme, c’était délicieux et profondément nourrissant de partager ce plaisir quotidien avec eux.

Ce qui m’a le plus marquée dans cette expérience, c’est le bonheur des enfants : c’est fou, ils arrivaient pour la plupart heureux le matin, contents d’être là malgré les incapacités permanentes dont la vie les a affublés, bougeant et parlant sans gêne malgré de graves limitations pour certains. Sans le savoir, ils m’ont enseigné à me satisfaire de ce que je suis et à être heureuse et fière de ma singularité. C’était plein d’amour et de plaisir.

Jonathan au jardin

Il y a tellement de bénévoles qui se présentent à Auroville que je n’ai pas été bien reçu à ma première tentative de trouver un travail à la forêt de Pitchambikulam, confondu avec les idéalistes embêtants qui grugent habituellement le temps des animateurs de projets. J’ai tout de même eu la chance de dénicher un lieu tout aussi idéal pour offrir mes services bénévoles : le jardin médicinal du jardin botanique d’Auroville.

Je souligne au passage le travail incroyable qu’Auroville en général et en particulier Pitchambikulam, le Jardin Botanique ainsi que Sadhana Forest ont accompli pour reboiser la région et ainsi sauver la rare et précieuse forêt tropicale sèche menacée de disparition au Tamil Nadu. Le résultat est éclatant et témoigne du pouvoir incroyable de régénérescence de la nature et du rôle clef de l’humain.

Kammachi à Pitchambikulam, par Caroline Théberge

Le directeur de projet du jardin botanique a passé au plus deux minutes avec moi et j’ai aussitôt été jumelé avec Kammachi, la dame responsable du jardin médicinal. Génial ! J’ai pu passer mes avant-midi à désherber, creuser des trous et planter des plantes médicinales que je ne connaissais que sur papier ou transformées. J’ai fréquenté pendant deux mois une quarantaine de plantes médicinales locales, ce qui m’a permis de les connaître sous divers angles.

Kammachi et moi avions beaucoup à nous apprendre et nous étions mutuellement curieux l’un pour l’autre. Elle a travaillé de nombreuses années comme assistante médicale dans les villages tamils et elle reconnait les plantes locales dès qu’elles font un centimètre de haut. Elle connait aussi un bon nombre d’applications simples et pratiques de quelques dizaines de plantes du Tamil Nadu. Plus important encore pour moi, elle connait aussi leurs noms latins, ce qui me permet d’identifier les plantes et de poursuivre les recherches.

Joe et le gotu kola, par Caroline Théberge

J’ai enseigné aux animateurs du jardin botanique ainsi qu’à un groupe d’enseignants de la région quelques bases de la science ayurvédique. Apprendre l’ayurvéda aux indiens ! Eh ben ! De plus, j’ai aidé Kammachi à compléter un livret sur les usages des plantes locales destiné aux visiteurs du jardin, aux populations tamils des villages ainsi qu’aux citoyens d’Auroville. Ma facilité à synthétiser et à vulgariser tout en respectant la complexité de l’information, ainsi que ma connaissance de l’anglais, ont permis de réaliser la vision de Kammachi et de ses collègues. Le livret sera aussi traduit en Tamil. Je suis très fier d’être l’auteur d’un livre qui servira à préserver les usages traditionnels de plantes locales accessibles au Tamil Nadu, celles-là mêmes que j’ai appris à connaître avec Kammachi. J’espère qu’il sera disponible en ligne sous peu.

Regards sur notre voyage

Caroline – Gita

Je partais en Inde avec beaucoup d’attentes. Trop d’attentes : rencontrer un grand maître en musique, résoudre certains problèmes de santé, lâcher-prise sur le mental et accéder à un plus grand niveau d’intuition, revenir enceinte et nous établir moi et Jonathan en région. Sans oublier les souhaits de faire un panchakarma, un trek dans les Himalayas et voir une fois pour toutes le Taj Mahal. Une vraie taureau, qui fonce tête baissée et piaffe d’impatience si l’objectif se dérobe. Et c’est bien sûr ce qui est arrivé : dès le premier jour à Delhi et pour les quatre premiers mois du voyage, j’ai été assaillie d’ennuis de santé et de diverses malchances qui m’ont limitées dans mes déplacements, mes activités et mes rencontres et m’ont renvoyées plus souvent qu’à mon goût à moi-même, clouée au lit des jours durant. Pas exactement ce que je souhaitais pour ce long voyage.

Pratiquant la méditation depuis quelques années et ayant donc quelques notions de « lâcher-prise » et d’acceptation de l’inconfort, je me suis malgré tout butée à beaucoup de négativisme et de refus de ma situation. J’ai luté contre moi-même, de différentes façons. J’ai rué dans les brancarts, amère et mécontente. Et de me voir amère et mécontente ne faisait qu’ajouter à ma déception : un cercle vicieux dont j’ai peiné à me sortir. Long chemin que celui de l’équanimité.

Caro à “Vérité”, par Jonathan Léger Raymond

Ces rafales de prises de conscience entrecoupées de résistance m’ont obligées à ralentir. À rester très « low-fi ». À bouger moins, à faire moins. De toute manière mon corps ne me permettait pas d’être très active : dès que nous prenions de longs transports, je tombais malade. Personnellement, je trouve ça très difficile de «faire moins ». J’éprouve alors une peur d’être en train de passer à côté de ma vie ; je suis de nature exigeante et performante, parce qu’au fond j’ai peur de n’être « pas assez ». Je me mets souvent en état de grande tension intérieure. Je réalise que malgré moi je succombe encore souvent à la peur, noyée dans mes émotions. Et surtout, quand j’observe tout cela je n’arrive pas toujours tout de suite à avoir de la compassion pour moi-même : à m’aimer telle que je suis. L’amour de soi, c’est vraiment la base de tout.

Ma fascination pour la culture indienne s’est transformée aussi durant ce voyage. En 2006 lors de mon premier voyage, j’avais eu un coup de foudre. Cette fois, comme avec un partenaire qu’on découvre peu à peu dans la durée, je me suis sentie parfois sauvagement irritée, parfois profondément touchée par cette terre de contrastes dont je découvre de plus en plus de couches. J’ai trouvé difficile de faire ce voyage avec Jonathan par moments, parce qu’il était encore plus irrité que moi par l’indianité de l’Inde et rêvait constamment de notre retour au Québec. Je me sentais responsable de son mécontentement, puisque c’est moi qui souhaitais faire ce voyage. Cela nous a causé maintes fois de l’inconfort, avec lequel j’ai souvent été en réaction. Ouf, jeune yogini ou pas, lâcher-prise, c’est pas facile !

musique à la maison, par Jean-François Gervais

Tout cela peut paraître sombre, pourtant je ne reviens pas aigrie, quoique je me sente plus fragile, plus vulnérable qu’avant. Mes impressions sont vagues et je ne tire pas, ou pas encore, de grandes leçons claires de ce long voyage. Une chose est sûre, je suis pleine de gratitude pour les rencontres, belles et nombreuses sur le chemin, ainsi que pour les moments de musique savoureux. J’ai un sentiment d’être plus disponible à la vie, sans me leurrer sur les difficultés qui ne manqueront pas d’être sur ma route. J’ai une vision plus claire de ce que je veux faire au niveau professionnel et en même temps je me sens moins attachée à un résultat en particulier.

Quant à ma recherche de maître, eh bien, je suis plus « low-fi » de ce côté-là aussi. Même si j’honore ce que l’autre peut m’apprendre et m’aider à découvrir, je sens maintenant que je dois faire confiance à ce que je sais déjà et faire mes propres explorations. Je perçois de toute manière que ma quête de maître était étroitement liée à mon manque de confiance et je ne veux plus chercher l’approbation dans le regard de l’autre, mais développer ce discernement par moi-même.

Je sens mon coeur plus ouvert, moins idéaliste et plus accueillant. J’ai le sentiment d’être engagée dans mon couple, de mieux connaître et d’aimer Jonathan dans toute sa réalité, ce qu’il est vraiment. Puis surtout, je nous sens maintenant au même point, c’est-à-dire animés d’une volonté commune de nous ancrer solidement au Québec et de développer notre projet de vie, notre « projet en vie ». Et ça, comment dire, c’est précieux.

Jonathan le Goéland

Commençons par la catharsis de mes démons. Ce 5e voyage de longue haleine en Inde aura été pour moi la consécration d’un trop-plein d’aventures indiennes, la cerise sur le banana-split après le festin de six-pâtes, le pichet qui fait déborder le vase de ma patience envers ce pays qui m’enchante et m’exaspère tout à la fois.

Comme je m’y attendais un peu, j’ai trouvé ça très difficile d’ajouter un an de nomadisme à ma vie déjà trop déracinée et de m’éloigner de ma zone de confort et de sécurité déjà mal définie. J’ai eu grand peine à m’accommoder d’une hâte tenaillante de revenir au Québec pour mettre en marche nos projets plus concrets.

Je m’abstiens cependant de déclarer haut et fort que je ne remettrai jamais plus les pieds dans ce pays de fous car je l’ai déjà dit souvent et j’ai toujours fini par revenir…

Néanmoins ! Je reste satisfait de cette aventure, de mes choix et des expériences que j’ai vécues. Mes objectifs de voyage ont été largement atteints. Les deux derniers mois du voyage auront été un bonus pour le terminer en beauté, m’apportant de généreuses doses inattendues mais bienvenues d’Ayurveda et de beau temps.

Au café “La Terrace”, par Caroline Théberge

Qu’en est-il de mes objectifs ? Eh bien, j’ai poursuivi mon apprentissage de l’Ayurvéda et comblé mes carences en ce domaine tout en confirmant la qualité des enseignements que mon premier mentor, Vishnu, m’a transmis. Quant à mes activités professionnelles, j’ai travaillé sur mes ateliers et mon matériel d’enseignement tout en écrivant une bonne cinquantaine d’articles pour ce site Internet, l’Association Manger Santé Bio, le journal de la Guilde des Herboristes et quelques sites variés. Côté musique, j’ai modestement amélioré ma capacité de jouer du tabla, notamment d’accompagner d’autres instrument en musique classique hindustani, ce qui ouvre une nouvelle dimension aux échanges musicaux avec Caroline.

Parlant de cette fougueuse et énergétique dame avec qui j’ai partagé le plus clair de mes journées ces derniers mois, ce voyage a été une occasion unique de se connaître sous toutes nos coutures, de se confronter, de s’aimer et de cohabiter ensemble. J’ai désormais l’impression d’aimer une personne humaine dans toute sa myriade d’aspects et ma relation avec Caroline s’est enrichit, densifiée, intensifiée. À certains égards, nous avons fait des progrès, mais ce que je retiens par-dessus tout, c’est la manière que nous avons de surmonter nos défis et que nous arrivons à s’accueillir même lorsque cela nous est difficile.

Je savais que les indiens me taperaient parfois sur les nerfs et que l’Inde testerait une fois de plus ma patience, alors je ne suis pas déçu de ce côté. Ce fut une occasion de réaffirmer au plus haut point mes souhaits d’enracinement et mes choix de vie quant au travail en herboristerie et en Ayurvéda et à la recherche d’une terre où ancrer ma pratique. Je reviens donc au Québec déterminé, passionné, et confiant de mes aptitudes, même si je demeure anxieux de réussir mes ambitions.

La suite des choses : aventures en territoires québécois

Le voyage ne cède pas sa place à la routine ennuyante, loin de là ! Nous foisonnons d’ambitions et de projets, même si l’Inde nous rappelle de prendre ça cool et d’avancer lentement mais sûrement vers nos objectifs.

Jonathan se consacrera principalement à l’enseignement et aux consultations, se donnant comme mission d’adapter l’ayurvéda aux ressources disponibles au Québec tout en préservant son essence et de transmettre au plus de gens possible des manières de prendre en main leur santé par des approches simples et accessibles.

Caroline sera bientôt surnommée la prochaine Grégory Charles du Québec, elle va présenter son Yoga Nidra à Oprah et donner des cours de yoga adapté aux femmes autistes Inuits aveugles et paraplégiques avant de les faire chanter dans une chorale épique à l’opéra de Sydney.

Sans blague : Caroline fera pour quelques mois un retour à l’ergothérapie, le temps de trouver de nouveaux contrats en yoga adapté et de réinstaller sa pratique en massothérapie. Parallèlement, elle fera la promotion de son CD de yoga nidra au Québec et bien sûr, elle continuera de chanter.

La fin !

(du blogue de voyage)

Dharani, par Caroline Théberge
kollam, par Caroline Théberge

4 comments to Conclusion du voyage

  • Guylaine

    Encore bravo pour ce beau dépassement de soi! Il faut se mettre en déséquilibre pour mieux se percevoir. Et beaucoup d’humilité pour se rendre compte que l’on n’impose pas à la vie son propre rythme. C’est nous qui devons s’ajuster à elle et y voir ce qu’elle veut nous transmettre. On ne peut forcer son rythme qu’au risque de s’y blesser et se sentir frustré.”Le temps ne respecte pas ce qui à été fait sans lui.” Auteur que j’ai oublié mais dont la phrase résonne très justement très, très fréquemment! Il faut apprendre à être patient dans nos vouloir être. Gardez le focus est l’essentiel à notre réalisation. Vous êtes sur la bonne voie. Soyez patient! Appréciez ce que vous êtes et servez-vous en pour vous propulser vers l’avant. Les bases sont solides, vos finalités bien définies et votre environnement vous est favorable. Il ne vous reste qu’à garder vos idéaux en bien tête pour ne pas vous égarer et cultiver la patience vis-à-vis la réalisation de vos projets. Nombreux sont les sages qui ont dits que le chemin est plus important que la destination. Il faut prendre le temps d’être attentif aux cailloux sur le chemin, ce sont eux nos vrais maîtres. Il n’y a pas DE maître, il y a DES maîtres sur notre route…soyons donc attentif afin de ne pas passer à côté!
    Bon succès dans vos entreprises respectives! Vous êtes beaux à voir vivre!

  • Caroline Théberge

    Hari om tat sat

  • Danielle

    Ce que tu dis concernant ‘faire moins’ et ta peur de rouler à côté de ta vie est très sincère et reconaissable. Même dans ma vie d’aujourd’hui, comme je dois faire beaucoup moins qu’avant j’avais de la sclèrose en plaques, je trouve ça dûr à accepter! Je pense qu’on doit trouver une équilibre entre vivre lentement et vivre intensement. Disons pendant la mèditation, on peut vivre lentement et beaucoup aimer cette rhythme, mais pendant certains autres moments dans la vie, c’est l’intensité qui reigne et qui compte…

  • Caroline Théberge

    Merci pour cette réflexion et ce partage, Danielle !

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