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Concilier médecine moderne et alternative

Médecine moderne et traditionnelle, par Stéphane Simard

Les adeptes des médecines modernes ou alternatives ne manquent pas de sujets de discordes. Chacun dispose de statistiques et d’études pour discréditer l’autre camp et les déclarations vitrioliques abondent de part et d’autre. Pourtant, notre santé et notre bien-être demeurent l’objectif ultime de toute médecine et nous ne devrions exclure aucune piste de solution pour soigner nos maladies et harmoniser notre vie. Nous pouvons bénéficier pleinement des approches modernes et traditionnelles alors que les possibilités de collaboration sont encore peu exploitées.

Les origines de la médecine

Les médecines naturelles existent depuis l’apparition de la vie elle-même : les plantes et les animaux ont appris à se soigner bien avant l’arrivée des humains sur Terre. Alors que la majorité des médecines traditionnelles sont transmises oralement, certaines branches ont aussi été synthétisées et transmises par l’écrit. Parmi elles, la médecine chinoise et l’Ayurveda, médecine indienne, font figure de proue. Celles-ci rassemblent une vaste quantité d’expériences humaines qui s’échelonnent sur plusieurs millénaires.

La médecine moderne est quant à elle très récente en comparaison : il y a 150 ans, nous n’avions ni rayons X, ni antibiotiques, ni aspirine, ni anasthésiants, ni aucune théorie valable sur les agents pathogènes. Ses racines sont toutefois fermement ancrées dans les médecines naturelles et l’on remonte à Hippokrate, herboriste du 5 – 6e siècle av. J.-C., pour en raconter l’histoire. Ainsi, l’aspirine est dérivé des plantes riches en acide salicyliques, comme le saule blanc et la reine des prés, alors que la médecine chinoise nous a permis de mettre au point de nouveaux médicaments contre la malaria à partir de l’armoise, entre autres exemples.

La complémentarité des soins de santé modernes et traditionnels

Bien que leurs approches diffèrent largement, les médecines modernes et traditionnelles se complètent à merveille. Nous gagnerions énormément à combiner leurs forces, qui correspondent généralement aux faiblesses de l’autre. Le développement même de la science médicale moderne s’est effectué grâce aux vertus des plantes.

La précision des diagnostiques, la standardisation des procédures et la capacité de gérer les situations d’urgences sont l’apanage de la médecine moderne. Celle-ci convient aux situations critiques où la marge d’erreur est très mince et elle permet d’obtenir des informations sur l’état de l’organisme qui sont autrement très difficiles à obtenir, grâce aux méthodes d’investigation moderne : tests sanguins, rayons X, résonance magnétique, etc.

Pour leur part, les soins traditionnels excellent à rétablir la santé des organes et de l’organisme dans son ensemble, ainsi qu’à prévenir et à traiter les maladies chroniques qui deviennent légion à l’ère moderne. De plus, la médecine traditionnelle est souvent beaucoup moins coûteuse et ses remèdes sont très accessibles : les plantes médicinales poussent tout à fait gratuitement autour de nous et le potentiel curatif de la nourriture peut aussi être exploité à long terme.

Un système en crise

Le contexte économique pousse les gouvernement du monde entier à limiter leurs dépenses alors même que les coûts engendrés par les systèmes de santé explosent. Selon l’OCDE, entre 1995 et 2007, les dépenses de santé par personne sont passées de 2100 à 3900 $US à PPP* au Canada, une augmentation de 85,7%, alors qu’aux États-Unis ces dépenses sont passées de 3750 à 7250 $US, une augmentation de 93,3% (1).

En 2007, les pays de l’OCDE consacrent entre 13,6% (Suède) et 18,5% (États-Unis) de leur budget aux soins de santé. L’impact de ces dépense varie largement : le gouvernement suédois assume 81,7% du total des soins de santé du pays alors qu’avec des dépenses supérieures, les États-Unis n’en couvrent que 45,4%.

Les ressources astronomiques consacrées aux soins de santé ne garantissent pourtant pas un système viable et fonctionnel, comme en témoigne au Québec les délais d’attente inacceptables aux urgences qui dépassent la vingtaine d’heure en moyenne. En 2001, selon les statistiques compilées du gouvernement américain, il y a eu 783 936 décès de causes iatrogéniques (dûs à des interventions médicales) alors qu’en guise de comparaison les maladies du coeur ont provoqué la mort de 699 697 personnes et le cancer, 553 251 personnes (2).

* PPP : purchasing power parity, en français parité de pouvoir d’achat

L’apport indispensable des médecine traditionnelles

Nous ne pouvons pas nous permettre, ne serait-ce que pour des raisons monétaires, de négliger l’importance des médecines traditionnelles en matière de soins de santé. En 2005, selon l’OMS, entre 65 et 80% de la population de la planète dépendait des médecines traditionnelle pour ses soins de santé primaires (3). En Inde rurale, 50% des fractures, 90% de accouchements et 90% des morsures de serpents sont pris en charges par des praticiens traditionnels. À eux seuls, ces exemples équivalent à 50% du budget national de santé de l’Inde, qui n’aurait donc pas la capacité de les prendre en charge.

Les médecines holistiques et traditionnelles sont aussi mieux outillées à prévenir les maladies, ce qui économise des sommes incalculables aux systèmes de santé conventionnels. Il est clair que l’apport des soins de santé traditionnels est énorme, bien que difficile à évaluer, et qu’il ne pourrait être assumé par les systèmes de santé contemporains, déjà surchargés et financièrement limités.

Élargir les horizons scientifiques

Effet Kirlian d’une graine par The Synergy Company

La vaste majorité du financement des études scientifiques médicales est accordé pour des recherches uni-moléculaires, c’est à dire des recherches qui portent sur une molécule à la fois, généralement dans le but de la breveter. Les études sur les plantes médicinales portent très souvent sur une seule molécule plutôt que sur l’interaction des dizaines de molécules de la plante. Qui voudrait payer des millions de dollar pour attester des vertus thérapeutiques d’une plantes que n’importe qui pourrait ensuite cultiver et commercialiser ? Les études constituent le meilleur modèle possible pour les médecines holistiques, mais le financement demeure rare.

Une exception notable : les recherches du Dr. John Kabbat Zine de l’Université du Massachussets sur l’impact de la méditation sur la dépression, travaux qui ont été repris abondamment par ses pairs, notamment par l’hôpital Douglas de Montréal.

De nombreux paramètres scientifiques et méthodes d’analyse mieux adaptés au réalités des médecines traditionnelles et holistiques ont été développés sans être intégrés à la science médicale. Les nouveaux modèles de biologie moléculaires ainsi que la puissance croissante des ordinateur rendent maintenant possible le développement de modèles poly-moléculaires, ce qui pourrait être utilisé pour étudier l’effet des plantes médicinales. De plus, le vaste domaine de la physique des champs et de la physique vibratoire demeure inutilisé et inconnu du grand public.

Adapter les réglementations aux médecines holistiques

Puisque l’assurance maladie ne s’applique qu’à la médecine moderne, les médecines traditionnelles sont largement défavorisée car les gens qui les utilisent doivent donc payer pour deux systèmes de santé à la fois ! Nous pourrions améliorer l’accès aux médecines traditionnels en modifiant l’assurance maladie, notamment lorsque les traitements alternatifs permettent d’économiser sur les soins de santé conventionnels.

Les réglementation sur les produits thérapeutiques sont calqués sur ceux qui encadrent l’industrie pharmaceutique, composée d’une poignée de compagnie multi-milliardaires. Les règlements actuels ne sont pas adaptés aux petits producteurs et seuls les produits qui se vendent par plusieurs milliers d’unités restent rentables. Ainsi, depuis l’adoption du Règlement sur les produits de santé naturels en 2004, plus de la moitié des produits naturels sont disparus des tablettes au Canada. Les produits les plus spécifiques, bénéficiant aux personnes atteintes de pathologies moins communes, sont les plus affectés.

Même les pesticides sont loin d’être soumis à autant de contraintes que des produits naturels ayant fait leur preuve depuis de nombreuses années ! Un bon départ pour favoriser la conciliation des deux systèmes de médecine serait de prévoir une règlementation différente pour les soins de santé alternatifs, en consultant les principales associations de thérapeutes qui ne manquent pas d’idées à ce sujet. Notamment, la Guilde des herboristes du Québec est déjà très engagée auprès de Santé Canada pour faire valoir leur point de vue et cela à déjà porté quelques fruits, tel que la préservation de la vente libre du millepertuis au Canada.

Autonomie ou technocratie ?

Je suis tout à fait d’accord pour qu’il y ait un encadrement des pratiques thérapeutiques au Québec, afin de protéger le public, d’identifier les approches efficaces, de faciliter leur accessibilité et d’intégrer ces pratiques au système. Néanmoins, je suis d’avis que cet encadrement doit respecter notre liberté de choix et que nous ne devons pas rechercher les certitudes ou la sécurité à tout prix lorsque cela brime notre autonomie et notre indépendance.

Avec l’essor des technologies modernes, il existe aujourd’hui un risque très sérieux que notre société se fige en technocratie : une concentration du pouvoir entre les mains des spécialistes et des bureaucrates. C’est en partie ce qui se passe actuellement, toujours sous le couvert de la protection du public. Nous devons nous méfier de la toute puissance de la profession médicale et des compagnies pharmaceutiques, qui ne sont pas élus démocratiquement mais qui pourtant détiennent un pouvoir immense sur nos vies.

Il convient de questionner le pouvoir absolu de l’establishment médical qui n’est pas immunisé à la corruption et aux conflits d’intérêt. Je ne m’étendrai cependant pas sur ce vaste sujet alors qu’une littérature abondante et bien référencée s’attaque déjà à ce sujet : La Mafia Médicale de Guylaine Lanctôt, Green Medicine du Dr. Malerba, Death by Modern Medicine et bien d’autres encore.

Références

(1) Statistiques OCDE
(2) Dean, Caroline, Null, Gary et al. Death by Medicine, 2003.
(3) Statistiques OMS

Autres :

Plaidoyer pour la médecine traditionnelle
Article de blog : Le système de santé québécois
Article de blog : Réinventer la modernité
Article sur la médecine traditionnelle indienne : Qu’est-ce que l’Ayurvéda ?
Article sur l’herboristerie : L’herboristerie d’hier à aujourd’hui

Pour en savoir plus, visitez Ayurvéda Révolution ou consultez l’auteur de cet article, visitez Espace Ayurvéda

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