web analytics

L’Ayurvéda au Québec

Fleurs de consoude, photo par Frédéric Gosselin

Quelle est la pertinence d’importer la médecine traditionnelle de l’Inde dans une société moderne telle qu’au Québec ? Quelle est la situation de l’Ayurvéda à Montréal, au 21e siècle ? Voici mon avis sur la question, en tant qu’herboriste et thérapeute en Ayurvéda mais permettez-moi d’abord vous partager brièvement mon histoire personnelle. Mon intérêt pour l’Ayurvéda naquit en expérimentant ses bienfaits lors de mon premier voyage en Inde où je découvre le concept des trois doshas

Les doshas sont trois principes inhérents à l’existence soit le mouvement, la transformation et la préservation. Il s’agit d’un vocabulaire pour qualifier des phénomènes biologiques, pour décrire nos états intérieur en terme de mouvements, vata, de transformations chimiques et de combustion, pitta et de stabilité et de protection, kapha.

Lors de mes premières péripéties digestives en Inde, mes mouvements intestinaux accélérés exprimaient alors un déséquilibre vata et ma situation s’est ensuite améliorée en suivant quelques recommandations ayurvédiques toutes simples : manger une nourriture chaude, onctueuse et consistante, rester calme, ne pas me coucher tard et diminuer mes déplacements. J’expérimentais alors l’inter-connectivité de facteurs dont j’ignorais les ramifications, me soignant sans aucune substance fût-elle antibiotique, naturelle ou chimique.

Mon apprentissage

De retour au Québec, j’ai entrepris une formation professionnelle en herboristerie tout en apprenant parrallèlement l’Ayurvéda de manière autodidacte. Je pratiquais les notions apprises dans les livres de vulgarisation et j’épluchais les ouvrages classiques à l’origine des enseignements académiques, notamment l’Ashtanga Hrdayam. Puis, en visionnant le film de Pan Nalin Ayurveda, the Art of Being, cela devint clair : je devais me trouver en Inde un mentor en Ayurvéda pour recevoir un enseignement de maître à élève.

J’ai rencontré en Inde un excellent mentor en la personne du Dr. Vishnudas Kannan qui me transmit sa science en toute gratuité. Héritier d’une longue lignée, il appartient à une des huit familles d’Ashta Vaidhyas du Kérala qui sont chargés de préserver l’essence des huit branches l’Ayurvéda traditionnel.

L’héritage des Ashta Vaidhyas

De mon apprentissage avec le Dr. Kannan, j’ai reçu bien plus que des concepts et des recettes ayurvédiques. J’ai calibré auprès de lui mes perceptions et cultivé mon jugement ainsi que l’art de savoir quand appliquer un principe ou bien s’en écarter. Il m’a aussi légué son artefact familial, la pierre des Ashta Vaidhyas, preuve de sa descendance, consacrant ainsi ma dévotion à la transmission de l’Ayurvéda au Québec.

L’Ayurvéda adapté à tous les continents

Le Dr. Kannan et moi partageons une vision commune du monde et de la place de l’Ayurvéda aux temps modernes. Nous sommes d’avis que l’essence traditionnelle de l’Ayurvéda doit être préservée avec diligence, mais qu’il faut également internationaliser la médecine indienne afin qu’elle soit accessible et pertinente pour tous.

L’Ayurvéda enseigne les principes nécessaires pour relativiser les traitements selon les climats, la flore locale et les états particuliers de chaque individu. Un bon thérapeute ayurvédique doit pouvoir improviser plusieurs solutions pour un même problème : il ne peut se référer uniquement aux formules classiques, qui sont efficaces mais parfois difficiles d’accès ou de fabrication. Il est par ailleurs possible de recomposer les recettes ayurvédiques selon les plantes accessibles à un endroit donné.

Le futur prend racine dans notre passé

Sitôt que nos ancêtres ont observé les humains s’agglomérer dans les villages, ils ont prédit que ce mouvement se perpétuerait jusqu’à ce que le stress devienne la principale cause de maladie. Voilà où nous en sommes aujourd’hui, une humanité urbanisée exploitant la nature, plutôt que de vivre en harmonie avec elle.

De plus, les cancers, le diabète et autres maladies modernes étaient déjà connues et codifiées il y a de cela des centaines d’années. L’Ayurvéda n’est donc pas une science désuète s’adressant au passé !

L’Ayurvéda au Québec

Parallèlement aux autres disciplines védiques et indiennes, l’Ayurvéda s’est discrètement implanté ces dernières décennies au Québec, grâce à des pionniers, souvent des pionnières, qui ont taillé leur place dans le marché foisonnant et compétitif des médecines alternatives.

Le yoga, une autre science védique, est récemment devenu beaucoup plus populaire, et l’Ayurvéda commence à s’introduire via ce milieu. Selon moi, les deux prochaines décennies devraient voir la médecine indienne se hisser parmi les thérapies alternatives en vogue, grâce à un développement conjoint du Yoga et de l’Ayurvéda à Montréal et au Québec.

La formation des thérapeutes ayurvédiques au Québec

La plupart des thérapeutes ayurvédiques ont fait leurs études dans les instituts ayurvédiques américains ou via des Universités indiennes. L’enseignement qu’ils y reçoivent est généralement de très bonne qualité. D’autres ont reçu de courtes formations et leur pratique consiste généralement en des massages aux huiles adaptées selon les doshas et à quelques conseils généraux.

Jardins médicinaux, photo par Frédéric Gosselin

On peut distinguer les thérapeutes ayurvédiques capables d’effectuer des traitements et maîtrisant certains aspect de la consultation des thérapeutes qui ont l’expertise nécessaire pour rejoindre les rangs des naturopathes, tels les herboristes accrédités de la Guilde.

Très peu de thérapeutes québécois reçoivent leur enseignement de lignées traditionnelles indépendantes des milieux académiques. Même en Asie du Sud, les Vaidhyas et les enseignements de maître à élève ne se perpétuent principalement que dans quelques régions, soit principalement le Karnataka, le Kerala, le Tamil Nadu (médecine Siddha) ainsi qu’au Népal.

Légitimité et impostures

Comme en toute chose, avec la popularité d’une nouvelle discipline vient son lot déplorable d’amateurisme et d’impostures. Un exemple qui m’attriste : certaines personnes et instituts proposent le prestigieux traitement appelé panchakarma sans en respecter les étapes et les principes de base, qui sont pourtant clairement et logiquement énoncés dans les textes ayurvédiques. Je crains que cela banalise et porte ombrage au « vrai » traitement, bien plus qu’une detox.

Quant à la légitimité de ma propre pratique, celle-ci repose sur mon expérience et mes études qui m’ont permis d’obtenir une reconnaissance comme naturopathe en plus de mon accréditation comme herboriste. Mes études en herboristerie, nutrition et anatomie complètent ma formation en Ayurvéda qui est exempte d’éducation académique, une combinaison d’apprentissage autodidacte et d’enseignement de maître à élève avec le Dr. Kannan et le Dr. Shankar.

Par intégrité, je sais reconnaître les limites de ma connaissance devant mes clients et je les invite à expérimenter par eux-mêmes la véracité de mes enseignements, les encourageant à cultiver leur autonomie personnelle.

Développer l’Ayurvéda au Québec

Ma vision est de développer et de propager une science ayurvédique qui offre des solutions accessibles à tous et qui mise sur des produits disponibles localement. Plusieurs formules ayurvédiques font appel à des plantes rares, parfois au statu précaire et qui ne pousse bien souvent qu’en Inde. Je trouve très intéressant d’utiliser ces formules à l’occasion, mais je crois que l’Ayurvéda peut nous offrir des solutions beaucoup plus universelles et plus aptes à répondre aux défis collectifs, tels l’augmentation des frais de santé et la récente régression de l’espérance de vie.

Dans un contexte de conscientisation écologique et de raréfaction des ressources énergétiques, nous cherchons à minimiser notre dépendance envers les produits étrangers et nous recherchons un mode de vie en accord avec notre environnement. Hors, peu de thérapeute ayurvédiques savent improviser au-delà des plantes et des formules élaborées qui sont prescrites en Ayurvéda.

C’est dans cette optique que je me donne comme mission de d’adapter l’Ayurvéda aux ressources locales et à démocratiser autant que possible les enseignements qui m’ont été dévolus dans le plus grand respect de leur essence.

Pour en savoir plus

Ayant bénéficié du concept des doshas pour adapter à mes besoins l’alimentation, mon mode de vie et ma consommation de plantes médicinales, je souhaite aujourd’hui transmettre au grand public cet outil qui favorise l’autonomie, la simplicité et le bien-être.

J’invite ceux et celles qui souhaitent en savoir plus à participer à mes ateliers sur l’herboristerie et l’Ayurvéda à Montréal (consultez le calendrier) ou à venir me rencontrer en consultation. Visitez également mon site Internet Ayurvéda Révolution

11 comments to L’Ayurvéda au Québec

  • interessant… avec toutes ces considerations, il faudra soulever la question de comment les medecines traditionelles amerindiennes, si elles se trouvent accessibles, peuvent corroborer les correspondances indiennes-nord-americaines dans leurs differents aspects.

  • Julie Delisle

    Bravo! Excellent texte que j’endosse complètement! Je suis moi-même massothérapeute, herboriste traditionnelle en devenir et possède une diplomation en enseignement du hatha yoga… L’ayurveda fait parti de mon parcours à venir :) Il sera inévitable que je vous rencontre éventuellement. Faites-vous des massages ayurvédiques?

  • Cet article est très intéressant et soulève de manière opportune la place que peuvent occuper les médecines alternatives aux côtés de la médecine occidentale.
    Merci pour cet article de fond très intéressant.
    Lionel

  • Lise Lacroix

    Je suis contente de constater qu’il y a de l’intérêt au Québec pour l’ayurvéda. J’arrive d’une cure ayurvédique de 5 jours au Domaine de Chardenoux, en Bourgogne, où j’ai pu apprécier les bienfaits de l’ayurvéda et du panchakarma. Je suis très intéressée à poursuivre au Québec ma compréhension de cette médecine (et philosophie) plusieurs fois millénaire. Merci de me tenir informée de vos activités.

    Lise Lacroix

  • Tracy Burns

    Je commence une formation en herboristerie et j’ai lu dernièrement sur ayurveda. J’ai envire de poursuive ma recherche là-dessus.

  • alles marc

    Je suis intéressé à apprendre !!

  • Jonathan Léger Raymond

    Bienvenue à mes ateliers et consultations ! Ou alors je vous suggère les écrits de Robert Svoboda ou de David Frawley, dont les livres ont aussi été traduits en français.

  • Bonjour!

    Je suis tombé sur votre site par pure hasard et quelle belle découverte!
    J’ai moi-même été étudié l’Ayuveda il y a 2 ans dans le nord le l’Inde, a Bhagsunag dans l’Himachal Pradesh. Ayant étudiée et vécue les techniques de Panchankarma ainsi que les différents massages ayurvédiques et leur bienfaits, je suis revenue au Québec avec la certitude de l’effet positifs de cette science Indienne et je me donnai comme but de la propager. Et j’ai réalisé comme vous qu’elle se doit d’être un adapté notre société Québécoise.

    Très insppirant, merci!

  • Noelle L. Turgeon

    bonjour,

    Une amie m’a parlé de l’Ayurvéda comme approche pour contrer une perte de cheveux importante d’origine génétique. Je demeure près de Montréal (Québec, Canada). Pourriez-vous me dire ou je puis m’adresser ? Merci.

  • Jonathan Léger Raymond

    Réponse de Jonathan auteur du site : Bonjour, vous pouvez vous adresser à mon centre ayurvédique, Espace Ayurvéda au 428 Gilford, voir espaceayurveda.ca, tél. 514-845-7745. Une consultation nous permettrait d’élaborer une marche à suivre pour votre cas personnel.

  • Mélanie

    Bonjour moi je suis infirmiere au Québec depuis 12 ans et je crois qu’au Québec il y a un certain retard en médecine naturelle.V ous savez en Suisse il y a des infirmières spécialisées en médecine naturelle qui sont formé et pratique l’ ayurveda pour traité les patients. Ne serais ce pas là une bonne solution pour le Québec !!!! De mon côté je veux aider mes patients à s’aider eux même et non le contraire, en les bombardant de substances chimique de synthèse. Les gens ne comprennent pas la source de leurs malaises et maladies ils ont grandement besoins d’enseignement à trou point de vue. Vous faite de l’hypertension artérielle on vous donne une pilule! Vous êtes diabétique on vous donne une pilule!

Écrire un commentaire

  

  

  

Vous pouvez utiliser ces codes HTML dans votre commentaire.

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>